Travail
Il y a des gens qui cherchent du travail, mais en informatique, c’est le travail qui te cherche.
Enfin, le travail, une manière de voir le travail.
Le travail où l’on est une ressource, comme un baril de pétrole ou un wagon de minerai. Du carburant pour nourrir la machine.
Mais du carburant peu pratique, qui ne se transporte ni par pipeline, ni par container. Il faut soit amener le travail là-bas, l’outsourcing, mais c’est une autre histoire, soit aller à la pèche en France. C’est le travail du recruteur.
Il existe des recruteurs qui travaillent au sein d’une entreprise, on pourrait parler d’embeded, mais les meilleurs travaillent en meute, en cabinet de recrutement. Certains ont des spécialités pointues, et amène une vraie valeur ajoutée, d’autres travaillent au volume, méthode hard discount. Ils sont connus sous le nom de chasseur de tête quand on est de bonne humeur, ou de marchand de viande, sinon.
Le marchand, c’est eux, la viande, c’est moi, tel un demi boeuf sur son crochet à roulette qui chemine sur le plafond d’une usine réfrigérée. Mais la qualité de la viande n’est absolument pas standard, il faut sélectionner les vendables, et quand on tient un bon morceau, surtout ne pas le lâcher.
Bien que ce soit dans le domaine de l’informatique, pas de communication par mail, juste un pour amorcer, tout le reste passe par téléphone, portable, avec tannage, sans jamais lâcher le morceau, tactique bulldog. Il faut dire qu’ils sont payés au kilo de barbaque, une vente commencée mais non finalisée ne vaut rien.
Le job ultime n’existe pas, pas plus que l’employé ultime.
La perfection n’est pas de ce monde. Il faut donc quelques coups de maillet pour que la pièce rentre dans le puzzle. Ca s’appelle faire un effort, être réaliste, raisonnable.
Ca s’appelle aussi un boulot de con. Quand on a le choix, il vaut mieux éviter. Des boulots qui essayent de nous manger, avec des horaires énormes, un investissement total, corps et âme, ça existe. Mais il faut qu’il y ait quelque chose en retour, et ça corresponds a une période, une disponibilité dans sa tête. J’ai vu des boulots où l’on se méfiait des hommes trentenaires avec une vie affective, des fourbes capables de prétendre à se reproduire, ou même risquant de se faire pourrir s’ils rentrent à point d’heure. Je parle bien d’hommes, ce qui est une avancée dans l’égalité homme/femme. On emmerde tout le monde pareil, sans distinction de sexe.
Les gens qui embauchent des ressources et non des personnes ont tendance à être en grande banlieue sinistre, moquette en bas, néons en haut, fenêtres en option, avec des projets chiants qui ne finiront jamais, déjà mangés par l’inertie, le conformisme et la hiérarchie avant même de débuter.
Donc, suspicieux mais fairplay, je vais à l’entretien pour voir ce que c’est en pour de vrai, vu que les explications techniques d’un recruteur sont souvent folklorique. Veni, vidi, vici. J’envois un mail de refus poli, et j’éteins le portable, pas envie de me justifier, j’ai déjà essayé auparavant, ça ne sert à rien.
Un bon travail se trouve à l’ancienne, par cooptation, par réseau ou par coup de bol.
Moins de débit, mais nettement plus de qualité.
5 mai 2009 à 6:00
Marrant.
Je voyais pas ça comme-ça.
Pour le bon travail ça se passe comme-ça aussi dans la photo.
Frozen Piglet
29 octobre 2009 à 9:49
C’est une façon de voir assez proche de la réalité, il est vrai… Et je suis d’accord avec la conclusion